“L’alimentation sensible aux besoins” pour guider son enfant vers de saines habitudes alimentaires
La petite enfance est une période très importante dans le développement. C’est à ce moment que les enfants découvrent les aliments pour la première fois et qu’ils éveillent leurs sens aux odeurs, textures et saveurs (1). Au-delà de ces découvertes, c’est aussi pendant cette période que se construisent les habitudes et les comportements alimentaires qui persisteront bien souvent à long terme (2). Pour favoriser une relation saine avec la nourriture dès un jeune âge, il est donc essentiel d’accorder de l’importance non seulement à la qualité des aliments offerts, mais aussi au contexte entourant l’alimentation.
Qu’est-ce que l’alimentation sensible aux besoins ?
L’alimentation sensible aux besoins – aussi appelée alimentation réactive (ou responsive feeding en anglais) – est une approche qui permet de favoriser le développement de saines habitudes alimentaires chez les enfants (2). Inspirée de la parentalité bienveillante tout en étant appliquée à l’alimentation, cette méthode favorise la communication entre le parent et l’enfant (3). Concrètement, le parent doit être attentif aux signaux de faim et de satiété (sentiment d’avoir assez mangé) de son enfant, puis y répondre de façon adaptée et bienveillante (2).
Au quotidien, voici quelques exemples concrets de signaux de faim et de satiété souvent observés chez les bébés et les enfants un peu plus âgés (adaptés de Gouvernement du Québec et Nantel et Gingras, 2022 (1, 4).
Le fait de répondre adéquatement aux signaux de faim et de satiété de l’enfant lui permet de renforcer le développement d’une compétence importante : l’autorégulation, c’est-à-dire la capacité d'adapter ses apports alimentaires (la quantité mangée) en fonction de ses besoins réels. Par peur que l’enfant ne mange pas assez, il peut arriver d’exercer de la pression lors des repas, par exemple en l’encourageant à finir son assiette. Le problème? Une pression répétée peut perturber les repères internes de l’enfant et nuire à sa capacité à reconnaître ses propres besoins (s’auto-réguler), tout en risquant de fragiliser sa relation avec la nourriture. (2)
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Les signes de faim et de satiété sont des signaux hormonaux qui proviennent d’une communication bidirectionnelle entre le cerveau et le tube digestif (5). Ces signaux hormonaux, qui permettent de s’auto-réguler, sont présents de façon innée chez les nourrissons. Toutefois, ces signaux peuvent être influencés par plusieurs facteurs environnementaux (ex : la palatabilité, le stress, les écrans, etc.), d’où l’importance d’apprendre à les écouter et les respecter dès le plus jeune âge (6). Cela permet ainsi d’éviter que l’enfant soit sous-alimenté ou suralimenté.
Comment trouver un juste équilibre entre la bienveillance et le besoin d’offrir un cadre lors des repas ?
Le partage des responsabilités alimentaires est un concept qui favorise le respect des signaux de faim et de satiété de l’enfant ainsi que le développement de saines habitudes de vie (2). Cette approche s’appuie sur une répartition claire des rôles entourant l’alimentation.
Le parent est responsable : du quoi (les aliments offerts), quand (l’horaire des repas et collations) et où (un environnement calme et adapté aux repas).
L’enfant est responsable : du combien (la quantité qu’il souhaite manger) et du si (ce qu’il souhaite manger ou non parmi la nourriture offerte).
L’un des rôles les plus importants du parent est de faire pleinement confiance à son enfant et à ses capacités d’autorégulation. Lorsque le parent remplit son rôle de nourrir, l’enfant peut exercer librement son rôle de manger (7).
Illustration du concept de partage des responsabilités alimentaires
Comment créer un climat positif aux repas ?
Finalement, l’alimentation sensible aux besoins implique aussi de créer un environnement favorisant les échanges en diminuant les distractions pendant les repas et les collations. Les distractions, comme les écrans, nuisent à la capacité d’attention de l’enfant face à son repas et à l’écoute de ses signaux internes. Cela peut amener l’enfant à manger par automatisme et à manger au-delà de ses besoins. Sans oublier que les écrans nuisent aux échanges et aux interactions en famille autour de la table (8). À l’inverse, un climat positif et convivial lors des repas en famille est associé à une plus grande consommation d’aliments nutritifs, une plus grande appréciation du repas et une diminution des comportements de sélectivité alimentaire (ce qu’on appelle l’enfant « difficile »). (1,9)
Pour mettre ces principes en pratique au quotidien, il est donc recommandé de :
Se rassembler autour de la table en famille.
Éteindre les écrans.
Mettre de côté les tensions.
Éviter de mettre de la pression à manger.
Miser sur le plaisir d’être ensemble !
C’est en échangeant et en partageant des moments agréables en famille que le repas devient créateur de saines habitudes alimentaires. (8)
Références
Gouvernement du Québec [En ligne]. Québec : Le gouvernement; [date inconnue]. Alimentation des enfants [modifié le 10 mars 2026; cité le 23 juil 2026]; [environ 8 écrans]. Disponible : https://www.quebec.ca/sante/alimentation/saines-habitudes-alimentaires/alimentation-des-enfants
Gouvernement du Canada [En ligne]. Ottawa (ON) : Le gouvernement; 2014. La nutrition du nourrisson né à terme et en santé : Recommandations pour l’enfant âgé de 6 à 24 mois [modifié le 30 octobre 2025; cité le 23 juillet 2026]; [environ 98 écrans]. Disponible : https://www.canada.ca/fr/sante-canada/services/guide-alimentaire-canadien/ressources/nutrition-nourrisson-terme-sante/nutrition-nourrisson-terme-sante-recommandations-naissance-six-mois/6-24-mois.html#a5
Black MM, Aboud FE. Responsive feeding is embedded in a theoretical framework of responsive parenting. J Nutr. Mars 2011;141(3):490-4. doi: 10.3945/jn.110.129973.
Nantel A, Gingras V. L’introduction de l’alimentation complémentaire chez le bébé : un moment propice pour poser les bases d’une saine alimentation. Nutrition [En ligne]. 2022 [cité le 23 juil 2026]. Disponible : https://odnq.org/blogue/introduction-alimentation-complementaire-bases-saine-alimentation/#bibliographie
Tack J, Verbeure W, Mori H, Schol J, Van den Houte K, Huang IH, et al. The gastrointestinal tract in hunger and satiety signalling. United European Gastroenterol J. Juil 2021;9(6):727-734. doi: 10.1002/ueg2.12097.
Fox MK, Devaney B, Reidy K, Razafindrakoto C, Ziegler P. Relationship between portion size and energy intake among infants and toddlers: evidence of self-regulation. J Am Diet Assoc. Jan 2006 Jan;106(1 Suppl 1):S77-83. doi: 10.1016/j.jada.2005.09.039.
Satter E. Satter Division of Responsibility in Feeding [En ligne]. Ellyn Satter Institute; 2023 [cité le 23 juil 2026]. Disponible : https://www.ellynsatterinstitute.org/wp-content/uploads/2023/09/sDOR-in-feedng.pdf
Naître et grandir [En ligne]. Montréal; [date inconnue]. Repas : pas d’écran à table [modifié en mai 2025; cité le 7 août 2026]; [environ 3 écrans]. Disponible : https://naitreetgrandir.com/fr/etape/1_3_ans/alimentation/repas-pas-d-ecran-table/
Verhage CL, Gillebaart M, van der Veek SMC, Vereijken CMJL. The relation between family meals and health of infants and toddlers: A review. Appetite. Août 2018 1;127:97-109. doi: 10.1016/j.appet.2018.04.010.