La sélectivité alimentaire (“picky eating”) : Mieux la comprendre pour mieux agir
Ce scénario est connu de plusieurs parents : l’assiette arrive, l’enfant la regarde… puis un refus net!
Une couleur qui dérange, une odeur qui surprend, une texture qui perturbe…. Ces comportements, souvent perçus comme des caprices alimentaires, sont en réalité très fréquents. Une revue publiée dans le journal Nutrients en 2025 estime que 13 à 50% des enfants présentent de la sélectivité alimentaire (picky eating).
La sélectivité alimentaire est une tendance chez l’enfant à refuser plusieurs aliments, à manger très peu varié ou à accepter seulement certaines textures, couleurs ou présentations. Cette situation est principalement observée chez les enfants de 2 à 6 ans et peut être déstabilisante pour les parents.
Néanmoins, ce comportement est souvent temporaire et fait partie du développement normal de l’enfant. En effet il est important de garder à l’esprit que :
l’enfant a un instinct naturel pour satisfaire sa faim;
l’appétit d’un enfant en bas âge est sujet à des variations en raison d’une croissance qui fluctue;
la sélectivité alimentaire fait partie du processus normal de maturation de l’enfant;
l’enfant cherche aussi à attirer l’attention de ses parents.
La sélectivité alimentaire peut parfois nécessiter une évaluation nutritionnelle par un professionnel de la santé. En effet, une sélectivité alimentaire tenace ou sévère peut mener à des carences nutritionnelles, un retard de croissance et des répercussions psychosociales. Dans le doute, n’hésitez pas à en parler à votre pédiatre ou infirmière en périnatalité, ou consultez un professionnel de la santé tel qu’un.e. diététiste-nutritionniste.
Voici un guide pour vous aider à mieux comprendre ce qui influence l’appétit de votre enfant, ainsi que des conseils pour rendre les repas plus agréables.
1. L’horaire des repas et des collations
Les repas gagnent à être structurés, avec une routine prévisible. Les enfants se sentent généralement plus en sécurité lorsqu’ils savent à quoi s’attendre. Des horaires réguliers pour les repas et les collations aident les enfants à identifier leurs signaux de faim et de satiété. Si les collations sont trop généreuses ou offertes au mauvais moment, elles peuvent réduire l’appétit lors du repas. Au contraire, des collations trop petites ou trop tardives peuvent rendre l’enfant irritable ou affamé. Par conséquent, la planification d’un horaire stable des repas et collations peut permettre de diminuer les négociations à table.
2. Les quantités servies
Les jeunes enfants n’ont généralement pas besoin de grandes quantités pour combler leurs besoins. Proposer de petites portions allège la pression et évite le découragement pour qu’ils goûtent les aliments à leur propre rythme. L’objectif est que l’enfant puisse découvrir les saveurs et faire confiance à ses signaux internes de satiété. Mettre de la pression à un enfant pour qu’il goûte un aliment ou finisse sa portion aura souvent pour effet d’augmenter la sélectivité. Ainsi, il vaut mieux privilégier la qualité que la quantité d’aliments.
3. Les boissons et l’appétit
Certaines boissons, comme le lait et le jus, peuvent atténuer la sensation de faim lorsqu’elles sont consommées avec les repas, et ainsi remplacer d'autres aliments qui contiennent des nutriments essentiels pour le développement de l'enfant, comme le fer. Pour préserver leur appétit, il est donc recommandé de servir ces breuvages à la fin du repas ou après. De plus, il est recommandé de limiter la consommation de jus à une portion quotidienne de 125 ml*, et celle de lait de vache à 750 ml par jour.
*Avant l’âge d’un an, les jus de fruits et les boissons sucrées devraient être évités complètement
4. Un menu adapté aux capacités de l’enfant
Un repas équilibré doit comporter des aliments provenant de chacun des groupes alimentaires, mais il doit aussi être adapté aux capacités de l’enfant. Les aliments à la consistance trop ferme ou fibreuse peuvent être difficiles à gérer. Les viandes tendres, les plats en sauce, les poissons ou les viandes hachées sont souvent mieux acceptés. Les œufs et les protéines végétales telles que les légumineuses et le tofu sont aussi d’excellentes options pour assurer un bon apport en protéines et en fer. Pour encourager la découverte, il est possible de varier les couleurs, les formes et les méthodes de cuisson des légumes. Incorporer des légumes dans les plats composés est une stratégie simple pour les rendre plus familiers. De plus, inclure un légume déjà apprécié dans l’assiette peut faciliter l’acceptation des autres aliments non familiers de l’assiette.
5. L’environnement entourant l’heure du repas
Les enfants ont tendance à mieux manger lorsqu’ils sont dans un état calme et détendu avant le repas. Il est recommandé de ne pas utiliser d’écrans ou de jouets pendant la transition vers la table à manger. De plus, un enfant trop fatigué, surexcité ou contrarié pendant les repas peut éprouver des difficultés à se nourrir. Dans certains cas, ajuster l’horaire des siestes ou avancer l’heure du souper pourrait améliorer l’expérience des repas. Un sommeil suffisant contribue également à une régulation optimale de l’appétit. Enfin, les repas n’ont pas besoin de s’étirer. Environ 20 à 30 minutes suffisent généralement pour que l’enfant mange sans ressentir d’ennui à table. Après ce laps de temps, il est acceptable de retirer l’assiette sans formuler de critique, quelle que soit la quantité consommée. Cela permet d’éviter que le repas devienne une source de tension.
6. Une ambiance positive à table
L’atmosphère entourant les repas aura un impact considérable sur la manière dont l’enfant les perçoit. Une attitude détendue, sans discussion sur les caprices, favorise la confiance. Le renforcement positif et le plaisir partagé sont des facteurs puissants pour établir une relation saine avec l’alimentation.
7. Le dessert sans pression
Le fait de présenter le dessert comme une récompense (par exemple uniquement si le repas ou les légumes sont entièrement consommés) risque d’engendrer une perception négative du plat principal. Dans une approche plus neutre, le dessert peut être offert comme complément au repas, ou même présenté en même temps que le plat principal. Cette pratique peut contribuer à réduire la pression autour des aliments "desserts” et à normaliser leur place dans l’alimentation de l’enfant. D’ailleurs, il est recommandé d’éviter de transformer les aliments en instruments de chantage et de catégoriser les aliments comme « bons » ou « mauvais ». Le fait d’interdire un aliment pourrait le rendre plus attrayant aux yeux de l’enfant, et générer un sentiment de culpabilité alimentaire accru. À l’inverse, exercer une pression excessive afin d’encourager la consommation de « bons » aliments pourrait accroître la résistance chez l’enfant. On vise donc un climat neutre et équilibré, où chaque aliment trouve sa place dans l’alimentation de l’enfant.
8. Encourager la découverte alimentaire
Les enfants apprennent par l’imitation et la répétition. Il est donc essentiel de leur présenter régulièrement de nouveaux aliments, même s’ils semblent initialement réticents. On peut encourager l’enfant à goûter une petite bouchée, sans obligation de manger davantage. Par ailleurs, il est préférable de ne présenter qu’un seul menu pour l’ensemble de la famille, lorsque possible. Cuisiner un repas distinct pour l’enfant peut contribuer à renforcer la sélectivité alors que proposer le même menu à tous incite l’enfant à découvrir les aliments à son propre rythme. Impliquer l’enfant dans la préparation des repas et l’épicerie ou utiliser des jeux autour des aliments sont toutes des idées pour rendre l’expérience plus ludique. Un calendrier de motivation peut aussi être utile selon l’âge.
Saviez-vous qu’il faut parfois jusqu’à 15 expositions avant qu’un aliment soit accepté ?
Conclusion
La sélectivité alimentaire est une étape normale du développement de l’enfant. Certaines stratégies peuvent toutefois améliorer la diversité alimentaire de votre enfant et contribuer à l’instauration de repas paisibles et plus agréables pour la famille. Si la sélectivité alimentaire de votre enfant persiste malgré l’application des astuces proposées, n’hésitez pas à consulter un professionnel de la santé, pour le bien-être de votre enfant, ainsi que pour celui de votre famille.
Références
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